La Fumainerie

Bordeaux, France
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La Fumainerie

Pour reconquérir une eau de qualité, la Fumainerie va expérimenter sur Bordeaux, la premier réseau français d'assainissement collectif écologique fondé sur un réseau urbain de sanitaires écologiques


L’Eau est la ressource essentielle à la survie de tout être vivant. L’Homme n’échappe pas à cette règle et, en ce sens, doit pouvoir disposer d’une eau en quantité et qualité suffisante pour répondre à ses besoins.

D’après les dernières évaluations des agences et offices de l’Eau, seulement 35% des cours d’eau français seraient pourtant en bon état chimique : en cause, un excès d’azote et de phosphore dans le milieu. Ces nutriments participent en effet à l’eutrophisation des milieux aquatiques qui pèse lourdement sur la santé humaine, l’irrigation et les écosystèmes. Malgré un parc de stations d’épuration limitant la charge en éléments nutritifs présents dans les eaux usées avant leur libération dans les cours d’eau, les activités domestiques sont encore responsables pour moitié des rejets d’azote et de phosphore dans le milieu naturel.

Conséquence directe et perverse d’un cycle fermé, la qualité des eaux en milieu naturel aura – à son tour - des impacts sur l'eau potable distribuée. Une mauvaise qualité de l’eau induira une surveillance plus importante, ainsi que des traitements de potabilisation plus poussés qui se traduiront par une hausse des coûts et/ou de la facture d'eau pour le consommateur. Plus grave encore, les problèmes de qualité, en rendant l’eau inutilisable à la consommation, ne feront qu’aggraver les pénuries d’eau attendues.

C’est pourquoi, il devient essentiel, pour anticiper les changements à venir, de penser dès à présent les techniques et les modèles économiques novateurs qui contribueront à faire émerger le système d’assainissement du futur nécessaire à la reconquête d’une eau de qualité.

Bien que nous passions près de 3 ans de notre vie sur les toilettes, ce lieu de vie reste encore un sujet relativement tabou. Ainsi, malgré la transition progressive - ces dernières années - de nombreux systèmes vers plus de durabilité, le système de gestion des déchets de nos toilettes reste aujourd’hui attaché à un modèle vieillissant peu vertueux vis-à-vis de la ressource en eau, le tout-à-l’égout. Des solutions d’assainissement plus écologiques, low tech, à bas coûts existent pourtant et pourraient servir à faire entrer des principes plus raisonnés - comme l’économie circulaire - dans nos systèmes d’assainissement collectif. L’expérimentation de ces systèmes par les citoyens est une voie d’entrée pour accélérer l’acceptation sociale de solutions aujourd’hui dépréciées.

Les villes sont au cœur des problématiques environnementales de notre société. Pour reconquérir une eau de qualité, de nouveaux modèles d’assainissement urbain, alternatifs et complémentaires au tout-à-l’égout, sont donc à imaginer. Parmi les solutions possibles, le déploiement de réseaux urbains de toilettes sèches (TS) qui permettraient de réduire - à la source - la principale source de pollution des eaux usées.

Aujourd'hui, la plupart des citoyens qui adoptent un système d’assainissement écologique disposent d’un extérieur autorisant le stockage et la valorisation locale des matières organiques. En l’absence de jardin, se lancer dans "l’aventure toilettes sèches" est en effet aujourd’hui mission impossible. Des solutions techniques et logistiques sont ainsi à imaginer en ville pour accompagner l’installation de toilettes sèches chez les particuliers en incapacité de (ou ne souhaitant pas) stocker et valoriser localement les déchets associés.

La pérennisation de ces nouveauxs modèles d'assainissement dépendra cependant de la capacité des acteurs à faire évoluer le rapport des individus à l’assainissement et à lever les verrous psychologiques vis-à-vis du déchet ultime de l’Homme.

Quel est le concept de votre projet ?

 

Afin de questionner la pertinence et l’efficacité de solutions alternatives à l’assainissement collectif pour répondre aux enjeux de préservation de la ressource en eau, la Fumainerie veut déployer - sur Bordeaux - le premier réseau de collecte des déchets de toilettes sèches (TS) en ville et questionner la faisabilité économique,  l'acceptabilité sociale et l'efficacité environnementale de ce nouveau modèle d'assainissement collectif.

La Fumainerie s’appuiera sur un réseau urbain de sanitaires écologiques installés chez des particuliers, des entreprises et dans des lieux publics volontaires. Les matières seront collectées sur les différents points de production par la Fumainerie pour être ensuite distribués à différentes entreprises partenaires qui assureront leur valorisation énergétique ou agricole. Cette nouvelle filière offrira ainsi l’opportunité de faire passer les urines et matières fécales du statut de déchets à celui de ressources : le fumain (fumier humain) et le lisain (lisier humain). Les toilettes, aujourd’hui appareils d’évacuation, deviendraient instruments de collecte.

Durant deux années d'expérimentation, la Fumainerie aura donc pour mission de :

  • Initier à la construction du réseau pouvant contribuer à la valorisation des "déchets" de TS ;
  • Accompagner l’installation et l’entretien du réseau ;
  • Collecter les "déchets" de toilettes sèches en ville et les redistribuer aux « valorisateurs » ;
  • Assurer le suivi scientifique et la valorisation des résultats de l’expérimentation ;
  • Sensibiliser les particuliers et les collectivités aux nouveaux modèles d’assainissement écologique ;
  • Nourrir les réflexions sur les conditions d’une pérennisation et d’une expansion d’un réseau de TS ;
  • Nourrir les réflexions nationales nécessaires à la levée des verrous pouvant bloquer la généralisation des systèmes d’assainissement écologique alternatifs.

Le développement croissant des sociétés de location de toilettese sèches, l'apparation récente dans les grandes métropoles comme Montpellier, Paris ou Nantes de systèmes d'assainissement écologique dans les lieux publics et la multiplication des projets d'habitats participatifs déconnectés du tout à l'égout, témoignent de l’émergence ces dernières années d’une nouvelle demande du consommateur vis-à-vis de l’assainissement. Après l’émergence, en Aquitaine de nouveaux modèles de consommation énergétique (Enercoop), d’achat de produits alimentaires (Supercoop) et de produits financiers (Nef) ou encore d’accès au logement, les citoyens bordelais chercheront aussi demain à rationaliser leur consommation d’eau potable et à faire entrer l’usage des toilettes sèches dans leur quotidien.

La Fumainerie s’inscrit donc dans un contexte de transition écologique et solidaire, où les mentalités et les modalités de fonctionnement des sociétés urbaines sont encouragées à évoluer fortement.

 Sur le plan environnemental, la démocratisation des toilettes sèches en ville contribue directement à réduire la pollution des eaux usées et ainsi limiter la charge de nutriments susceptibles d’être libérés dans le milieu aquatique. L’usage des toilettes sèches participe également à réduire la consommation d’eau potable et ainsi renforcer la résilience du service d’eau potable face à une densification accrue et rapide de la Métropole Bordelaise.

Sur un plan économique, l’élargissement du réseau aura pour conséquence indirecte de réduire les coûts de traitement des eaux usées par les deux stations d’épurations de Bordeaux Métropole. Les coûts pour la société de l’assainissement collectif traditionnel (par habitant) s’en verront logiquement diminués. La réduction des sources de pollution des milieux aquatiques devrait également avoir des retombées indirectes sur la santé et donc sur les coûts associés pour la société.

La Fumainerie s’appuiera sur un réseau d’acteurs girondins dont les activités économiques pourront bénéficier de l’essor et de l’expansion du réseau de TS. La Fumainerie contribuera ainsi indirectement à la création d’emplois dans ces sociétés. Plus directement, la collecte « décroissante » des matières solides et liquides supposera le retour du métier de vidangeur et le recrutement d’agents de collecte dont le nombre sera directement proportionnel à la taille du réseau de TS.

Sur un plan social, la Fumainerie veut proposer un modèle de gouvernance plus démocratique et plus transparent sur la question de l’assainissement collectif où l’usager devient acteur/décideur dans la gestion de ses déchets.

Enfin, pour les agriculteurs périurbains, utiliser localement de l’engrais naturel à partir des matières fécales et d’urines urbaines permettrait d’un côté de réduire leur dépendance à l’importation de phosphore d’origine minière pour la production d’engrais de synthèse phosphatés ; de l’autre, cette valorisation contribuerait à réduire les coûts liés à la conversion très énergivore du diazote à l’état de gaz en nitrates pour la production d’engrais de synthèse azotés.

Le réseau offrira enfin l’opportunité de recréer du lien fonctionnel entre le centre-ville de Bordeaux et l’agriculture périurbaine.

 Au-delà des verrous techniques que le projet aidera à lever, La Fumainerie souhaite proposer un nouveau modèle de gouvernance sur la question de l’assainissement des eaux usées. Ce modèle se veut plus transparent, démocratique et ouvert à tous les citoyens, entreprises et collectivités soucieux de participer à un effort collectif de préservation de notre ressource en eau et de prendre une part active dans la révolution à venir de nos modes de consommation en eau.

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Ambre DIAZABAKANA

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